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La parole aux citoyens

Pourquoi la discipline à l’Ecole ?

 

Question liée à un débat de société actuel, qui par l’art que possède la France et les Français à tout transformer en polémique est devenu un sujet d’affrontement, certains taxés de servir telle ou telle idéologie, de projeter la France dans les années 50, d’autres d’immobilisme forcené, de conservatisme (ce dernier anathème étant d’ailleurs employé de façon réciproque) etc…

Mais au-delà de toutes les récupérations et procès d’intention, des arrière-pensées politiques, pourquoi l’Ecole a-t-elle besoin de discipline pour ce qui touche à l’Enseignement ? Quels sont les constats ? Les causes et les facteurs aggravants selon l'auteur de l'article, ainsi que les solutions possibles ?

 

Les lecteurs du présent article ne sont pas sans savoir que malheureusement, pour de nombreux élèves, et ce n’est  pas nouveau depuis le début du XXème siècle, le milieu familial n’est pas partout à même d’accompagner l’enfant dans sa démarche d’apprentissage, que ce soit pour cause de niveau socioculturel insuffisant ou par manque de temps à consacrer… Quand la cellule familiale existe encore réellement. Ainsi certains foyer ne sont même pas capables d’aider l’enfant à lire, écrire, ou même parler français, eux-mêmes ne le sachant pas. On ne parle même pas de mathématiques, d’histoire ou de sciences… Ainsi, malgré le développement des nouvelles sources et autres vecteurs parallèles de diffusion de la culture (bibliothèques, médiathèques, télévision, internet,…), si les bases de la langue ne sont pas maîtrisées, il ne sert à rien de vouloir aller au-delà.

 

Or, notre société de plus en plus compétitive et exigeante n'offre plus en quantité suffisante des  emplois peu qualifiés susceptibles d'être occupés par des populations fragiles tant du point de vue économique que socio-culturel. Nous ne vivons plus dans la société des années 1950 ou les volumineux secteurs primaire et secondaire se contentaient de masses de main-d’œuvre bon marché quand bien même illettrées. La société du XXIème siècle est devenue bien plus sélective et les exigences du secteur tertiaire en évolution constante sont radicalement différentes, même si malgré cette réalité subsiste cette chimère, entretenue par les médias et une certaine classe politique, selon laquelle « on peut s’en sortir hors l’école » (sport, jeux vidéo, …) sans compter le triste exemple des trafics en tout genre. Pire, certains hommes politiques, tel Jack Lang, vont même jusqu'à comparer le langage des banlieues à un nouvel "OULIPO" (OUvroir de LIttérature POtentielle, qui avait fait la gloire - méritée - de Raymond Quenaud), ce qui conforte ses habitants dans leur sous-culture isolante, emprisonnante et suicidaire. Que ce soit par pusillanimité, par aveuglement idéologique, à moins que ce soit une véritable volonté de niveler la culture des Français par le bas (?), cette attitude condescendante voire admirative dessert ceux à qui elle s'adresse.

 

Ainsi si aucun organisme collectif ne vient efficacement instruire l’enfant, si aucun mécanisme de correction des inégalités de naissance n’intervient, le déterminisme social ne laisse guère de place au doute quant au nombre de passager en mesure d’emprunter « l’ascenseur social ».

 Bref, afin d’assurer une certaine égalité des chances, il faut donc que l’instruction puisse passer par l’Ecole. Sinon, les jeunes issus de milieux socioculturellement défavorisés et économiquement faibles n’auront pas d’autres moyens de recevoir cette instruction,  alors que ceux issus de milieux plus fortunés sur tous les plans (si tant est qu’ils soient dans une école ou l’instruction n’arrive pas à passer) auront à leur disposition non seulement leurs parents mais aussi des cours particuliers.

 

De plus, quand bien même motivée chez certains par une volonté humaniste d'éducation pour le plus grand nombre, l'idée selon laquelle il faut absolument amener une classe d'âge au baccalauréat a eu des effets ravageurs à plus d'un titre. 

 Du point de vue moral, on a fait croire à des générations entières que leur baccalauréat, licence,... "valaient" ceux de leurs parents. Or il est évident qu'à proportion de "bonnes situations" égales entre la société des années 70 et celle des années 2000, si la proportion de bacheliers et de licenciés augmente, les chances pour les détenteurs de ces diplômés d'obtenir la même situation que leur parent à diplôme égal chute fortement. Par exemple le baccalauréat suffisait dans les années 60 pour un emploi bien rétribué, non parce qu'il y en avait pléthore mais parce qu'il n'y avait pas 50% d'une classe d'âge bachelière et encore moins de licenciés. On a ainsi créé la frustration chez ceux qui avaient fait des sacrifices pour leurs études, sans compter la dévalorisation du travail manuel (surtour après mai 1968 avec cet ouvrier qui n'a décidément rien compris...) et le mythe du "tout-intellectuel", qui a détourné d'une voie professionnelle valorisante des bataillons entiers de jeunes gens qui sont allés grossir les rangs du chômage de masse.

 

Du point de vue matériel, on a ainsi repoussé pour les enfants de deux ans en moyenne la barre pour accéder au même emploi que leurs parents. Or tout le monde ne peut pas aider sa descendance longtemps après le baccalauréat...

 

C’est d'ailleurs exactement ce qu’il s’est produit en 35 ans. En 1970, 30% des élèves des grandes écoles étaient issus du milieu ouvrier, pour n’être plus que 5% en 2005…Idem dans le milieu enseignant où les meilleurs, les plus motivés et les plus efficaces se retrouvaient dans ceux issus de milieux économiquement modestes qui avaient à coeur de renvoyer à leur tour l'ascenseur social. En leur lieu et place on retrouve nombre d'enseignants-fonctionnaires, essentiellement motivés par l'aspect matériel de l'emploi, qui peine d'ailleurs avec ses 1400 € initiaux à rentabiliser leur BAC+5...

Conclusion : en disant vouloir lisser les inégalités socios-économiques on les a au contraire accentuées

  

Le savoir ne semble dons plus passer à l’école et il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que justement si le savoir ne passe pas, c’est que les conditions en interne ne sont plus réunies pour cela. Les raisons sont connues de tous, parents et directeurs d’établissement, mais aussi d’un nombre croissant de dirigeants et décideurs politiques : manque de discipline, chahut impuni organisé par une poignée d’élèves, autorité de l’enseignant remise en question, quand il n’est pas agressé, chantage et menaces faites à ceux qui réussissent…. Bref, comportements procédant de la culture de la violence et de l’intimidation, dus à l’échec scolaire et à la frustration, qui durant de trop nombreuses années, loin d’être condamnés sans appel, bénéficiaient parfois d’un discours propre à en exonérer les auteurs, la faute en revenant alors « à la société » qui les aurait « exclus »…Renforçant ces "sauvageons" (comme les avait si fort justement décrits JP Chevènement au soir d'énièmes émeutes urbaines).

 

Mais comment en est-on arrivés là ? D’une part l’Ecole a du accueillir des volumes de plus en plus importants d’enfants issus de familles incapables de leur donner les bases de la culture française, ne les possédant pas eux-mêmes et parfois dans le pire des cas, niant l’autorité de l’Etat et remettant an cause sa légitimité. D’autre part, les IUFM, coupés du terrain et de ses réalités, s’ingéniaient à demander à ses enseignants-stagiaires de réduire le fossé entre enseignant et « apprenant » (!), et donnaient tel des ayatollahs comme mission à l’Ecole, non plus de « transmettre des savoirs » mais de « transmettre des compétences »… De plus, la louable intention de "mettre l'enfant au coeur du système" en tant que souci principal de l'attention portée (en adoptant par exemple une méthode pédagogique différente selon que l'enfant est visuel, auditif, ou kinésique) a été détournée en subordonnant le système au bien-être apparent de l'enfant (apprendre en s'amusant, ne pas le sanctionner, ne pas le décourager, ...). Bref, il fallait mettre fin à ce cycle infernal.

 

Voilà pourquoi il faut restaurer l’autorité et l’exigence de respect dû aux professeurs [(ironie de l’Histoire ou juste retour des choses ?), ceux-là même qui avaient contribué à les saper (!) depuis 1968 ], faire passer par l’école les valeurs conformes à la Constitution et à la société françaises, [citons pêle-mêle :  le respect des institutions et des symboles de la France, l’Etat de droit, la non-discrimination (positive ou négative), la liberté de religion, l’égalité homme-femme devant le Droit, pénal et civil, …] afin que ceux qui en sortent soient non seulement en mesure de s’intégrer mais aussi de s'assimiler et de s’épanouir dans la société où ils sont appelés à vivre. 

 

Il faut également arrêter la querelle idéologique entre chapelles enseignantes et donner à l'Ecole la double mission de "transmission des savoir" afin de perpétuer le merveilleux héritage culturel français que le monde entier reconnaît ainsi que celui "d'éveil des compétences" afin de préparer les futurs citoyens à ce monde qui change et qui évolue rapidement en leur donnant les moyens d'y trouver leur place et en ne les enfermant pas dans un doux cocon ronronnant en décalage avec la société qui l'entoure.

 

Enfin, avant que les nécessités de survie ne deviennent un frein à la continuation d'études pour les plus modestes il faut absolument augmenter le niveau des bourses et en réduire drastiquement le nombre en opérant une sélection rigoureuse dans leur attribution. Le critère principal devra être le niveau et le potentiel de l'élève. Il faut en effet que la société ne laisse pas en friche un potentiel prometteur qui n'a pas eu la chance de naître dans un milieu aisé tout en ne berçant pas d'illusions meurtrières qui va manifestement dans le mur en lui permettant de s'orienter dans une filière où il pourra s'épanouir et trouver sa voie.

  

Il ne s'agit pas d'une querelle entre "Anciens" et "Modernes" à laquelle certains voudraient nous faire croire et qui ont intérêt à la caricature pour pouvoir éviter d'évoquer le  fond, mais d'un véritable enjeu de société pour ce siècle.

Quant à l’appellation de l’Institution, depuis 1932 elle n’est plus « Instruction Publique » mais « Education Nationale ». Un autre article traitera du sujet… A suivre !

 

 


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